mercredi 31 décembre 2008

La confiscation



Vous le connaissez ce procédé, il suffit d'avoir emmené un jouet ou laissé tomber une bille à l'école, d'avoir ramené un couteau qui déforme votre poche à la maison ou d'avoir posé sa tente de SDF sur la voie publique pour se le voir appliqué. C'est ainsi qu'on vous retire aussi, petit à petit, le permis de conduire pour raison de mauvaise conduite.

Nul ne sait exactement ce que devient l'objet malpropre qu'il fallait vous retirer dans l'urgence avec une solide punition. La légende court que le confiscateur se l'approprie car il brule d'en jouir de façon exclusive et vous lui permettez de le faire à moindre frais. Et d'ailleurs c'est moins l'objet qui est malpropre que l'usage que vous alliez en faire si par malheur on ne vous l'avait pas retiré.

Mais je ne jurerais pas que le petit con qui fait du camping sauvage est un fils de CRS. Ce serait médire sur ses parents qui sont partis à Djerba avec un excédent de miles air-france...

Par contre, ce que je viens de décrire s'applique parfaitement à un certain vocabulaire et je m'en vais essayer de le montrer.

Prenons comme point de départ l'affaire Dieudonné, déjà instruite par les corbeaux sous le nom de code "Dieudo-Faurisson-Zénith-Lepers". Affaire donc, car on ne dit plus humoriste pour désigner ce triste sire (ça on peut), on hésite à lui accoler mieux que personnage, condamné ou Mbala Mbala, pour montrer sa sous-culture et ce qu'il lui reste de drôle. Sous-homme est à éviter même si ça vous vaudrait sans doute moins d'ennuis qu'à Monsieur Frêche. Et puis chacun a compris, qui va à la curée.

La confiscation est déjà à l'oeuvre...

Mais le meilleur est à venir. Car que reproche t-on à cet homme qu'il reste cependant? D'avoir voulu mettre en concurrence la mémoire de l'esclavage, noyée dans une dénonciation de la repentance et une réécriture officielle de la colonisation, globalement positive, et celle de la Shoah, commémorée universellement!
Il a osé ensuite qualifier l'utilisation forcenée à des fins politiques de la mémoire du génocide des juifs en Europe par un état, Israël pour ne pas le nommer, qui s'est enchainé à elle, de pornographie mémorielle!

Voyez que je ne m'embarrasse pas pour nommer des abjections.

Le plus fort, c'est que personne n'a dit et écrit "la shoah est une pornographie", à part les confiscateurs outrés! Ils ont rapidement retiré au demi-singe, comme il se doit, le droit d'utiliser ces mots qui le dépassent. Mais pour en faire eux-mêmes quel usage? Ne serait-ce pas celui qu'ils lui reprochent ensuite vertement, trouvant tribunal pour le condamner? Qui a commis la plus grave salissure?

Est-il utile de rappeler que ce concept curieux et sans doute provocateur de "pornographie mémorielle" a été forgé par une écrivain et philosophe israélienne que choque aussi la "nazification des palestiniens". J'imagine que ce second concept déplait fortement, lui aussi, à ceux qui comptent utiliser cette diabolisation, en plus de la mauvaise conscience internationale entretenue par le premier, pour arriver à leurs fins en Palestine, ou ce qu'il en reste.

Mais comment lui confisquer à elle? Alors, quel bonheur, quel soulagement, quand un imprudent (ou pire encore vous gênez pas c'est la maison qui régale) croyant servir sa cause s'empare de la pensée de la philosophe et s'en va courir comme un grand au pilori! Gorée, plantation, fouet du contremaitre, il a raccourci l'espace-temps! Et pris place dans la mémoire qu'il voulait promouvoir dans le même élan! Et la foule de s'en mêler qui ne s'embarrasse pas de comprendre quand on lui autorise exceptionnellement la loi de Lynch!

Oui, il arrive que des jouets confisqués le soient pour de faux, pour attiser le manque et provoquer, au rendu, l'effet espéré.

Cherchant à débattre de la situation actuelle à Gaza, j'ai croisé nombre de confiscateurs. J'ai vu combien le vocabulaire qui me restait pour bien me faire comprendre était restreint.

Evidemment, pogrom anti-palestinien, faut pas faire, quoi qu'en dise le dictionnaire.

Expliquer que vouloir éradiquer la population de Gaza, c'est s'en prendre à des enfants encore à naitre? J'apprends qu'il a déjà été imputé aux juifs le sacrifice rituel d'enfants et que mon refoulé antisémite remonte à la surface.

Pourtant, j'avais pris soin de ne pas utiliser ni rats ni usure ni solution finale ni aucun mot adéquat pour décrire la situation mais sur lesquels des sourcilleux se seraient rués. Peine perdue.

La meute écumante des tenants de la haine? Faut pas non plus, et pourtant il fallait lire les propos tenus, mais on ne m'a pas expliqué pourquoi.

C'est le deuxième stade de la confiscation. Celui où elle ne se cache plus derrière une soi-disant défense de la morale ou la préservation de morveux qui remercieront plus tard.

La confiscation est un rapport de force, et la subir vous le garantit mieux que n'importe quoi d'autre: vous avez le dessous.


"- Vous voulez rejoindre le camp des winners et pouvoir confisquer à votre tour? A la bonne heure, vous devenez raisonnable. Il vous suffit pour cela de faire amende honorable, de reconnaitre la nature maline qui vous a soufflé vos méfaits et de vous engager à traquer l'interdit autour de vous. Si possible avant même que la chose condamnable se soit produite... C'est bien compris?

- Pas de problème, et d'ailleurs, en signe d'allégeance, je m'en vais proclamer que l'on doit confisquer aux palestiniens ces territoires dont ils font un si mauvais usage, quelle porcherie, quelle misère, et puis toutes ces manifestations, ces roquettes! Qu'on retire aussi la parole à ceux qui les défendent, qu'on leur passe la bouche au savon et qu'on confisque la langue des récidivistes...

- Le brave petit! Et que feras tu de tout ce que tu auras confisqué?

- Sais pas moi? un autodafé?

- Ping! tu l'as pas volée celle là, petit irrécupérable!"

mardi 30 décembre 2008

Me voilou lançou


Disons plutôt, modestement, que j'ai franchi le Rubicon mais que je ne m'attends pas aux délices de Capoue, et foin de la chronologie...

Mon occitan basquo-corse d'opérette, auquel j'ai fait l'honneur de ce premier titre, des avis absolument pas autorisés sur des sujets divers et avariés, mes coups de coeur et mes indignations, des divagations assumées aussi, seront le quotidien du Robinson du net que je ne serai pas que le vendredi...

Ah oui, j'allais oublier, il faudra supporter l'humour à deux sous dont je ne peux pas me passer, je ne fais rien dans ce sens d'ailleurs. Mes appuis sur l'actualité seront incessants et jamais fléchés, c'est une clé que je livre à ceux qui se perdront dans mes images fumeuses. Je travaille aussi à la destruction d'un français trop académique à mon goût tout en pestant contre les fautes d'orthographe: Allez comprendre!

Promis, je l'écrirai souvent pour me cravacher, mon prochain billet sera une éructation tant les sujets à s'indigner ne manquent pas en ce moment. Mais je m'efforcerai aussi, promis, d'être plus souriant dès que l'occasion se présentera, dussè-je la créer moi-même.

Je salue donc le premier lecteur de cette bouteille à la mer, et il est vaste l'océan du Web, par ces quelques mots de réconfort:"Salut, cyclomal, moderne narcisse qui tapote tous ces nombrils sur son clavier, puisse ton ridicule libelle, bientôt plus ampoulé encore, arriver dans une crique rassurante ou il n'y aura pas que des crabes pour se nourrir de sa substance!"

Et vogue la galère...