
Commentateur anonyme
Décidément, il semble que mon premier billet ait été prémonitoire: Après une confiscation bien peu consensuelle, voilà comme promis un billet plus léger. Quoique...
Mais nous allons essayer d'en rire, alors que les évènements du moyen-orient se poursuivent.
Mattez le bel euphémisme que je laisse trainer négligemment dans la phrase précédente. Il annonce la suite.
En effet, allant de lien en lien pour tâter le pouls de mes bloggeurs préférés en ce début d'année 2009, au fait je vous renouvèle mes voeux les plus sincères de santé et de prospérité, j'arrive sur
le blog et l'article suivant: Le titre est prometteur en diable, pensez "croassements dangereux", jeu de mots et tout et tout, agrémenté de l'affiche du film intemporel de Clouzot, ça va saigner pensé-je tout de go.
De fait, c'est pas triste.
Un corbeau, je crois bon de le rappeler en préambule, est une personne qui dénonce anonymement aux autorités ou à des personnes judicieusement choisies, des faits dont il assure avoir connaissance et qui seraient de nature à troubler l'ordre moral ou public. Le corbeau attend de sa dénonciation qu'elle dérange un statu-quo qui l'insupporte et/ou nuise à une personne ou un groupe de personnes nommément désignés. La suspicion générale s'en chargera, et le procédé s'avèrera souvent auto-réalisateur...
Le corbeau est détestable, même si on ne peut s'empêcher de l'écouter avec émotion. Il est le repoussoir derrière lequel la vilénie trouve à s'exercer, où pire encore se révèle.
Je suis un peu long, et pourtant incomplet, mais cela me semble nécessaire tant le phénomène est "riche": Il renseigne sans nul doute sur la nature cachée de l'homme civilisé, le corbeau honni étant assuré de son effet sur la meilleure société.
Et bien devinez à qui s'adresse l'habile titre de mon blagueur:
Aux commentateurs sur le net! Tous des corvidés en puissance.
Si!
Ne sont-ils pas anonymes d'abord? Bien sûr, ils doivent donner une adresse mail et plus grand monde n'ignore qu'à l'instar des téléphones portables, nos ordinateurs sont faciles à retrouver en cas d'enquête. Certains pensent même qu'ils vont bientôt ne plus servir qu'à ça, que vous téléchargiez sauvagement au mépris de la santé financière de célèbres exilés suisses ou patagons, que votre pin-up préférée se trouve être âgée de 17 ans et demie, que vous tchattiez avec beaucoup plus jeune que vous (le mensonge sur l'âge étant généralisé sur le web, il faudrait ne discuter que sur le temps qu'il fait, et encore) ou que vous commandiez par palettes entières le livre "mon combat", en allemand, par un écrivain qui a eu son heure de gloire...
Cela ne suffit pas pour notre blaggueur qui se contrefiche de plaire à son lecteur, et je le rejoins sur ce point, mais qui verrait bien un frein institutionnel calmer l'ardeur de ceux qui se déchainent sur leur hôte ou entre eux dans une bagarre de chiffonniers qui fait perdre tout intérêt au débat.
Certes.
Mais si, par exemple, devant l'inanité d'un "penseur" de droite qui se réclame à corps et à cris de la gauche réformiste et décomplexée rassemblée derrière l'actuel président dont elle approuve par avance toutes les mesures, je m'exclame "gros con" dans la ligne de commentaires, comment se fait-ce que je croasse?
Aurais-je révélé quelque vérité cachée? Penserais-je que ma sentence irrévérencieuse va causer un préjudice mortel à l'invectivé? Mon impolitesse assumée et déplacée, car après tout rien ne m'y oblige et je peux comme nombre d'internautes passer mon chemin silencieusement, ne mérite t-elle pas une lecture au deuxième degré?
Qui aime bien châtie bien, dit-on. A mon corps défendant, je dois bien admettre que la posture et l'argumentation atterrantes du bloggeur me touchent. Je ressens une déception qui montre bien que je ne le nullifie que pour la forme: Je réagis car j'espère sa réaction.
Il s'agit de vérifier si j'ai affaire à un philosophe de comptoir qui croit à ses idées et au caractère incontournable de la tournée de pastis quotidienne, et espère en convaincre ses lecteurs, ou à un provocateur qui teste leur capacité à tout gober voire surenchérir jusqu'au délire.
Ou au résultat d'une mutation que j'ignorais encore.

L'appétit vient en mangeant
Le camarade chez lequel je suis arrivé a sur les corbeaux, tels qu'il les conçoit, une idée bien arrêtée qu'il ne compte pas faire partager mais souhaite voir appliquée dans un futur le plus proche possible, par l'usage de la peur salutaire chère à MAM, si furieusement tendance (et assorties) l'une et l'autre.
C'est que le commentateur anonyme ne se doute pas de la complexité qu'il outrage, que seul un expert peut manier. Et encore les crises financières successives montrent combien les autorisés eux-mêmes se fourrent le doigt dans l'oeil jusqu'au coude à chaque occasion puis persistent et signent pour nombre d'entre eux. Les autres tournent leur veste et continuent d'être pathétiques en faisant semblant de voir un pragmatique gosplan dans l'aide publique inconditionnelle qui absout les responsables, coupables ou non.
Mais passons. Je n'y connais rien, je jalouse, je grogne (le croassement me fatigue, tout à l'heure je déblatèrerai pour reposer mes zygomatiques...).
Et puis, je ne sais guère que défendre mes idées préconçues, dont on ignore tout de la matrice, sinon qu'elle est douteuse, honteuse et pour tout dire nauséabonde: Ce qui en sort court à la rigole quand le journaliste-phare est forcément impartial et mesuré, la vérité ne pouvant s'approcher qu'au prix de glorieux sacrifices, hors le dictat de l'émotion ou la défense de positions définitivement minoritaires et stigmatisées comme telles.
Quel beau métier! Quel beau chemin devant soi quand on l'embrasse!
Me gausserais-je de la situation où le donneur de leçons s'enferre?
Il ne cache rien des intérêts divers qu'il doit ménager, considère son moins disant comme un plus déjà. Il se félicite de l'équilibre trouvé par ses collègues quand ils dénoncent de concert, et sur le même plan, l'agresseur et l'agressé, l'envahisseur et l'envahi, le fort et le faible qui en goute la botte.
Mais tout cela n'est plus drôle, il me faut revenir dans le burlesque que l'on me concède encore.
Il me faut asséner, sans autre analyse que celle permise par mes doutes et mes insuffisances, que nous sommes là en présence
d'un auto-érotisme germanopratin (de province s'il le faut mais j'en serais étonné).
Le germanogratin se secoue volontiers la nouille, c'est là son moindre défaut...
Il n'aime rien comme se rouler dans la détestation de qui n'approuve pas l'euphémisme consensuel qui lui sert de rappel de ses diplômes, d'affirmation de l'exclusivité de son expertise, de preuve ultime de sa pertinence et de cri de ralliement.
Jusqu'à l'inévitable casse-gueule où une réalité perverse, car têtue, le précipitera à chaque fois.
Alors, ceux qui lui rappellent cette insoutenable légèreté de l'être, la beauté qui nous rapproche de la mort, Tadzio, et toutes ces contrariétés qui portent atteinte à l'éther et que le pékin moyen ne peut subodorer, passent pour des oiseaux de mauvais augure.
Non ami, ce ne sont pas des cris d'animaux que tu entends au loin, si loin de l'entendement comme de la simple décence, ce sont des planches que l'on clouent.
Mais ce n'est pas dangereux, ceux qui font ça ont l'habitude. Tu fais bien par contre de t'en tenir à un clavier, à l'abri des clips du gouvernement dévolus à ta protection.
Et, parce que je sens que cela va t'amuser (et t'enfermer plus encore dans tes certitudes), je peux bien te l'avouer: Toi et tes semblables, par amour de l'expression la plus juste, je vous emmerde!

Les commentaires m'ont tuer